Nicolas Hulot et Emmanuel Macron, quelle écologie pour quelle économie ?

Les récentes déclarations du président Macron au sujet de la sortie des Etats-Unis de la Cop21 posent la question de savoir quel mandat sera celui de Nicolas Hulot. Arbitre ou fusible des pièges que la précédente mandature a laissés (Notre-Dame-des-Landes, filière nucléaire, etc…) ou artisan d’une écologie qui contribue à redonner à l’Europe un modèle de développement qui lui soit propre. La transition écologique porte-elle vraiment en elle les germes d’un futur modèle économique ? Plusieurs grands chantiers sont emblématiques de ce choix qui mérite le discernement dans leur évaluation respective.

Le modèle de développement actuel est, dans son écrasante majorité, celui de l’économie linéaire. Je développe, sans me soucier de l’impact socio-écologique en aval et en amont du projet, sans réel questionnement sur l’espace public et dans l’unique préoccupation de la plus forte rentabilité du projet. De larges pans du territoire sont privatisés insidieusement sans que les infrastructures qui leur sont nécessaires soient développées autrement qu’à des fins de fonctionnement purement économique. Le grand embouteillage des routes d’accès aux vallées de ski alpin en décembre 2014 a été la crise qui a parfaitement illustré l’équation « gains privés/mutualisation des infrastructures » des gestionnaires privés qui en ont la charge. C’est un modèle de développement économique qui n’apporte rien à la biosphère, quand il ne lui nuit pas. De même, le projet d’Europa City (hypermall à l’américaine) est lancé dans le Val-d’Oise sur la base d’un modèle de consommation à outrance et en lieu et place d’un territoire agricole de haute valeur. En dépit de dispositifs écologiques cosmétiques et d’une politique de communication largement relayée par les édiles politiques locaux, ce projet d’un autre âge construit-il un espace écologique et économique souhaitable ? La taille garantit-elle la viabilité du modèle ? L’argument de l’emploi créé ne tient pas si on met dans la balance l’impact sur l’activité de proximité. L’argumentation avancée est « ça ou rien » alors qu’elle devrait être « ça ou autre chose ».

 

En fait, la taille n’est pas le problème, mais la nature du projet. D’autres organisations se déploient sur des territoires encore plus vastes, mais reposent sur des finalités différentes. Souvenons-nous par exemple que l’année 2016 a vu la région Ile-de-France être menacée par une inondation majeure (trente petits centimètres nous ont séparé de la cote de débordement). Le gestionnaire en charge des grands réservoirs en amont de la capitale (Seine Grands Lacs) mène depuis longtemps des actions de prévention auprès des habitants concernés, mais aussi accompagne le développement du tourisme autour de ces lacs artificiels. Régime hydraulique de la Seine, habitants d’Ile-de-France et gestionnaire forme la trilogie d’une économie dans laquelle chacun trouve son compte. A commencer par le gestionnaire, aujourd’hui, qui peut développer une expertise de médiation et de prévention, exportable comme le font nos amis néerlandais rompus à ce type de problématique. Si on imagine que d’autres organisations similaires interagissent ensemble comme un gigantesque réseau neuronal de sphères économiques, on construit un autre type de développement dit circulaire que l’on décrit habituellement par ses trois piliers : économie sociale et solidaire, recyclage et écologie industrielle.

Envisageons maintenant sous cet angle le cas de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Si le concessionnaire et ses commanditaires publics avaient pris le soin d’imaginer une architecture de dernière génération, l’écologie de ce projet renverrait alors seulement à la question des infrastructures au niveau européen. Est-il par essence anti-écologique de vouloir faire de la région de Nantes une partie de l’Europe économique ? Le continent s’est bien développé au sortir du moyen-âge à partir de son réseau routier et fluvial, il n’est donc pas illogique de penser qu’il puisse le faire aujourd’hui en améliorant son réseau aérien. Le canal Seine Nord, la ligne Lyon-Turin ou le réseau aérien de transports ont pour objectif premier de renforcer le métabolisme économique de l’Europe. A la condition d’être à la pointe d’une démarche écologique, la vocation de tels projets, tant économique qu’écologique, est de mettre en relation entre elles les grandes aires économiques et bio-physiques du continent. Comme pour l’exemple de Seine Grands Lacs, n’est-ce pas là la figure d’une économie circulaire à l’échelle continentale ?

Ainsi, l’enjeu du prochain quinquennat pourrait être de faire que l’articulation entre économie et écologie accouche d’un modèle européen de développement qui, s’il cohabitait encore longtemps avec le modèle linéaire de la mondialisation, le supplanterait peu à peu. Dès lors, la question posée au tandem Hulot/Macron, ce ne sera pas seulement une affaire de sanctuarisation écologique ou de faire tourner le vieux modèle (start-ups ou pas start-ups), mais surtout celle de l’articulation entre un algorithme économique et un métabolisme territorial. Sur l’efficience et l’éthique de cette intrication peut se bâtir une expertise européenne que ses artisans ne tarderont pas à exporter car, d’une manière ou d’une autre, le sort des continents est désormais lié entre eux par la question du climat. De la même manière que les architectes du Vieux continent, en fuyant le Nazisme, ont construit l’architecture américaine d’après-guerre.

Make our planet great again… and Europe too !

Grégoire Bignier est architecte-gérant de B+M architecture, enseignant à l’Ecole Nationale Supérieure d’architecture de Paris-Val-de-Seine et à l’ESSEC (Master de management urbain et immobilier) et est l’auteur en 2015 de l’ouvrage « Architecture et écologie, comment partager le monde habité ? » aux éditions Eyrolles.

 

Nicolas Hulot accélère sur l'économie circulaire
Aux 3èmes Assises de l’économie circulaire qui se sont 
tenues à Paris les 27 et 28 juin, Nicolas Hulot, le 
nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire 
a marqué les esprits avec un discours volontaire sur 
le sujet et l’annonce d’une nouvelle filière de recyclage.
"L’intelligence humaine va peut-être s’inspirer de 
l’intelligence de la nature […] Sortir de la civilisation 
du gâchis."

Le ministre a rappelé qu’il "y a quelques années 
quand on parlait d’économie circulaire, on nous regardait 
comme des bêtes curieuses. Pendant longtemps on a cru que 
l’abondance serait la norme. Là, on bascule dans la rareté. 
Et la rareté, ça se gère. Mais si on tombe dans la pénurie, 
cela devient plus difficile." Et de rappeler que les pénuries 
sont rarement un bon signe pour la planète. 
Elles sont sources de conflits.

"L’économie circulaire c’est le bon sens. Ramener 
l’économie à ses fondamentaux." Heureux de partager avec 
tous ces spécialistes du sujet les avancées dans le domaine, il .... 
Usine Nouvelle 27/06/2017
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