Si l’histoire de Montmorency vous était comptée … (1/2)

1ère époque :

Collégiale Saint Martin

A 17 km au Nord Ouest de Paris, s’ouvre une vallée dont le seuil est barré par une retenue d’eau (le lac d’Enghien) et commandé par un promontoire rocheux dont le flanc nord est protégé par une colline boisée. Tous ces éléments du paysage ont un point commun: Elles portent le nom d’une des familles les plus importantes de France, les Montmorency, qui furent jusqu’en 1632 les maîtres des lieux et de bien d’autres. Mais Montmorency a été occupée de longue date. De nombreux tumuli et des sites de taille du silex encore visibles aujourd’hui dans le massif forestier qui jouxte la commune attestent cet habitat (au moins saisonnier) pour l’observateur averti. Ils ont donné leur nom à une époque du mésolithique: le montmorencien.

On trouve trace du toponyme « Montmorency » à l’époque carolingienne. Le toponyme Maurentiacus désigne l’espace cultivé par un propriétaire et dérive de l’anthroponyme Maurentius. La forme germanique Morency, à laquelle on ajoutera le préfixe topographique Mont (en latin Mons Morentiacus) désignera le promontoire rocheux surmonté, vers 886, d’un château primitif entièrement en bois, le Castrum: Une simple tour carrée protégée par une palissade au sommet d’un épaulement rocheux arasé et dont la base est fermée par une seconde enceinte. C’est à cet emplacement primitif qu’aujourd’hui se dresse la Collégiale St Martin et… le Lycée d’Enseignement Professionnel.

Cette fortification, possession capétienne verrouillant la voie romaine vers Paris, participe du système défensif établi par Robert 1er le Fort, ancêtre des Capétiens, pour contenir les incursions normandes. Lorsque le roi Robert II le Pieux, au tout début du XI eme siècle, remet à Bouchard le Barbu le castrum, celui-ci est détruit. Le nouveau titulaire qui porte le nom de Bouchard 1er de Montmorency, s’engage à le remettre en état.

Fils de Bouchard de Bray, petit baron de Haute-Seine, et petit neveu de Gautier 1er, évêque de Sens, Bouchard le Barbu est chassé du Sénonais. Un heureux mariage avec la veuve d’un chevalier propriétaire d’une forteresse dans l’Ile St-Denis, le tire d’affaire et assure sa fortune. Il détourne à son profit les péages sur les marchandises transitant sur la Seine pour alimenter la foire du Lendit instituée par sa puissante voisine, l’abbaye royale de Saint-Denis. Ce faisant, il a tôt fait d’indisposer et l’abbé et le roi qui lui propose un marché: Le bouillant chevalier prend en charge un autre territoire stratégique, abandonne les péages et renonce à guerroyer contre l’abbaye. Bouchard accepte le territoire, rechigne à renoncer aux péages et ne dit mot sur l’abbaye… il reste toutefois propriétaire de l’ile. De fait, l’accroissement de la châtellerie de Montmorency se fera le plus souvent par incorporation de territoires dyonissiens (de St Denis). Querelles, procès et coups de mains ne cesseront qu’en 1295, lorsque les deux parties auront échangé leurs enclaves territoriales respectives…

Ainsi débute la longue saga des Montmorency qui donnera six connétables, douze maréchaux et quatre amiraux à la France. Cette famille exercera sa suzeraineté sur un vaste domaine comprenant d’un seul tenant trente et une paroisses dont les limites sont au nord l’Oise et la Basse forêt de Montmorency (forêt de l’Ile-Adam), à l’est Belloy-en-France et Puiseux-en-France, au sud la Seine et l’Ile St-Denis, à l’Ouest Franconville et Taverny dont le chef lieu est le « chastel de Montmorency ». Le développement urbain de Montmorency est considérable au cours des XII èmes et XIII èmes siècles. Des masures s’érigent peu à peu, dans et hors les murs, sur la partie septentrionale de l’éperon rocheux. A tel point que vers 1205 le castrum prendra l’appellation de castellum indiquant la présence d’un village fortifié.

Dans le même temps sa fonction de bourg agricole et défensif s’amenuise au profit d’une nouvelle vocation à caractère commercial : le marché hebdomadaire des produits agricoles, manufacturés et des textiles.

A priori mal placé, au centre d’un étroit village aux rues pentues, peu accessible du fait de son éloignement de tous les grands axes de communication (seule la voie reliant Argenteuil à Groslay puis à la route de Beaumont le traverse), le marché de Montmorency attire néanmoins chaque mercredi de nombreux bourgeois de Pontoise, d’Argenteuil et de Villeneuve-la-Garenne. La raison en est que contrairement aux autres marchés, celui de Montmorency offre une extrême diversité de produits: aliments: pain, vin, légumes et fruits mais aussi outils et ustensiles viticoles: clous, faucilles, futailles ; vestimentaires : laine, draps; bétail : ovins, bovins, porcins. Montmorency devient un centre urbain et commercial régional de première importance qui abrite tous les corps de métiers : maçons, serruriers, forgerons, cerciers, tonneliers, cabaretiers, hôteliers.

Un Hôtel Dieu, c’est à dire un hôpital est créé en 1207. Les templiers s’implantent dans la paroisse en 1257 en achetant une grande maison (rue de l’Étang qui deviendra ainsi la rue du Temple) et des parcelles de vigne (la Fosse-aux-moines). Le siège du baillage de la baronnie, c’est à dire le tribunal de justice, y est fixé en 1303 tandis que l’hôtel de la prévôté, c’est à dire l’hôtel de police, est érigé en 1369.

La guerre de cent ans interrompt gravement le développement de Montmorency. « Les Jacques » mettront la ville à sac en 1356 quand en 1358 Robert Knoles et son armée la pilla puis brûla tout. Elle eût à peine le temps de se relever qu’en 1381 les anglais la ravagèrent à nouveau, massacrant les habitants et ruinant tout sur leur passage. Ainsi fit également le duc d’Orléans en 1411 époque où furent érigés les remparts dont on peut encore voir aujourd’hui quelques restes .

La muraille était percée de quatre portes : la porte Bague, dite encore des Feuillants ou saint Jacques, au débouché de l’actuelle rue Jean-Jacques Rousseau sur la place des cerisiers, et démolie en 1833 ; la porte Jonvelle, donnant sur la place du château Gaillard et démolie en 1810 ; la porte de la geôle, à l’angle des rues du Temple et du docteur Millet ; la porte Notre-Dame à l’angle des rues Notre Dame et le Laboureur, qui protège l’église paroissiale. Les hauts murs n’empêchèrent pas les Ligueurs de mettre à nouveau la ville à sac en 1589. C’est à ces derniers que fut attribué l’origine des restes d’un charnier mis à jour il y a quelques années à l’occasion de la réfection de la place du marché…

 

Note : Cet article est publié sur les conditions suivantes: https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/fr/

 

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